vendredi 22 janvier 2016

  Création 2016 : Paysages Exzootiques        

 
Le spectacle sera créé à Bordeaux du 2 au 5 mars 2016 
au théâtre du Pont Tournant 
après 4 résidences de répétitions et de création 
( Lormont Espace cult. Bois Fleuri - au Plateau, Eysines - à la Laiterie, Bordeaux et à Orthez th. Planté.)

Le spectacle bénéficie d’une aide de l’OARA (résidence hors les murs) et de la Ville d’Orthez.
Il est soutenu par les villes de Lormont et d’Eysines (résidences de répétitions).
La compagnie est subventionnée par le Conseil Régional d’Aquitaine,
le Département de la Gironde et la Ville de Bordeaux.
Production en cours

Spectacle autour de la biodiversité, pour tous à partir de 8 ans.
Théâtre du Pont Tournant, séances tout public du 2 au 5 mars à 20h30, 
et les 2, 3 et 4 mars séances scolaires à 14h.
Renseignements, réservation : Théâtre du Pont Tournant à Bordeaux 
http://www.theatreponttournant.com/ 05 56 11 06 11

De mes nombreux voyages autour de la terre, du Groenland à la forêt d’Amazonie,  du Sahara aux steppes Mongoles, du mystérieux Ladakh aux terres froides du Spitzberg… j’ai ramené des quatre coins de la planète photos, aventures et histoires remplies de rencontres insolites, d’animaux et de paysages hors du commun. Ces rencontres, ces paysages m’ont fait aimer notre planète, comme autant de visages d’un être aimé, comme autant d’instants magiques passés avec un être qui nous est intime.

Ces paysages, ces rencontres, ces photos, hors des sentiers battus, j’ai eu envie de les faire revivre au fil d’histoires ou de contes, surréalistes et drôles, bizarres et changeants, vivants et surprenants… en y conviant des animaux, comme dans des tableaux de maître, à l’image de « Paysage exotique » du Douanier Rousseau.

La disparition des espèces animales naturelles qui représente une menace pour la biodiversité apparaît de plus en plus comme le fait de l’homme et de son rapport à l’environnement.

A travers des histoires telles des fables modernes jouées par deux personnages venu du siècle des lumières, nous imaginons ces animaux nous conter avec humour leurs aventures, les comportements déviants et absurdes qu’ils pourraient adopter en écho à ce monde de folie ou du moins de déraison.

Jean-François Toulouse



« Paysages ExZOOtiques » est un recueil de fables, de contes modernes
où les animaux adopteraient certains travers humains.
Un jeu de miroir où on peut se questionner sur notre rapport à la nature,
aux animaux et à nous-mêmes.

Des personnages du siècle des lumières tels des super-héros

Pour nous conter des fables, deux personnages venus du siècle des lumières : le Comte de Buffon et la Marquise de Condorcet. Le célèbre naturaliste et l’écrivaine et salonnière se retrouvent au XXIème siècle présentés tels des super-héros de l’Univers Marvel ou des Comics pour venir sauver la planète de la sixième extinction de masse des espèces vivantes. Ces hybrides de héros et d’intellectuels tenteront de répondre à cette mission en montrant chacun ce qu’ils considèrent comme être à l’origine de cette dérive écologique chez les humains dans des fables modernes avec la projection de photos animées d’animaux dans les espaces naturels.  Les deux personnalités échangeront à travers ces fables en portant un regard nouveau sur le débat nature contre culture.

Des animaux qui adoptent des comportements humains, des humains qui adoptent des comportements animaliers….  Dans ce jeu de miroir où l’humour et le décalage côtoient les grandes questions de philosophie et d’éthologie, nous cherchons à questionner notre rapport à la nature, aux animaux et à nous-mêmes, et à développer chez le spectateur son engagement dans un partage mutuel d'un même monde.


Théâtre du Pont Tournant à Bordeaux du 2 au 5 mars 2016 / Théâtre Planté à Orthez le 2 juin 2016 

Faïza Kaddour (écriture et jeu) ; Jean-François Toulouse (Ecriture, jeu, mise en scène) ; Yvan Blanloeil (Création films d'animations ) ; Karina Ketz (Création bande son) ; Stéfan Alexandre Charbonnel et Charlotte Margnoux (Création et réalisation costumes) ; Camille Sisqué (Création lumière et régie générale) ; Françoise Kolenc et Serge Joigneau (comptabilité et gestion) ; Edmonde Franqui et Florant (conseils écriture et dramaturgie).

samedi 9 février 2013



 Tombés du Ciel présente sa nouvelle création "LE MANEGE A NOUS"
Création à Saint-Etienne en juin 2013 et en tournée Girondine sur l'été 2013, reprise durant la fête de la science à Dunkerque en octobre, et en tournée en Afrique fin octobre début novembre pour l'éclipse totale de soleil.
Cf AGENDA et Création 2013

 

jeudi 13 décembre 2012

Union mixte-union à rixes






La mère : - " Ici les enfants sont rois. On ne discute pas les désirs des enfants, on se débrouille pour les satisfaire. Ma fille aînée a toujours tenu tête à son père. Ils étaient pareils. Durs. L’un comme l’autre, pas facile. 

Un jour j’ai assisté à la dernière scène qu’ils ont eue ensemble. C’était à la fin du mois de novembre et nous devions nous rendre au 7ème enterrement d’un parent de voisin.

Mon mari était est assis confortablement sur l’un de nos trois canapés recouverts de brocard et velours face à l’immense baie vitrée de notre appartement du treizième étage qui domine la place des Martyrs.   
Ma fille se tenait face à lui, debout sur l’un des cinq tapis persans qui recouvre le parquet doré du salon des invités. Elle le dominait à peine avec les 1m55 et 47 kilos de ses 25 ans, que nous avions fêtés la veille dans le plus chic restaurant de la ville.

Ma fille : - Mon projet de construction et d’aménagement d’abris de guerre est carrément indispensable pour trois bonnes raisons : 1, pour que les civils puissent s’y réfugier en cas d’attaques. 2  pour créer une dynamique économique d’emplois  et  3 pour gagner ma vie en faisant quelque chose de vraiment utile. C’est vraiment un projet en béton, si tu investis tu seras gagnant.  Je n’ai jamais été aussi sérieuse Papa…

Le père : - C’est ça ta dernière lubie ? Faire du commerce avec la guerre… La dernière fois c’était moins vulgaire avec ton projet d’apprendre aux gens à conduire sans se traîter …

La fille : - C’était un projet d’apprentissage de « conduites citoyennes »  avec entre autre, une thérapie pour canaliser et évacuer la colère au volant… Tu trouves ça normal de péter un plomb quand quelqu’un a le malheur de s’arrêter au feu rouge ? Normal d’insulter non stop tout ce qui passe à portée de ton pare choc ? Normal de vivre dans un pays qui a le cul entre deux guerres en faisant comme si tout allait bien ?

Le père : - Tu ne sais pas de quoi tu parles… je ne t’ai pas élevée comme ça… Pourquoi ne cherches-tu pas un bon garçon pour fonder une famille ? Me donner des petits enfants…

La fille : - Parce que je veux faire quelque chose de ma vie,  gagner ma vie…

Le père : - Tu n’as rien à gagner du tout, ta vie tu l’as, c’est moi qui te l’ai donnée. Et tous les jours depuis 25 ans je te donne de quoi la vivre et la vivre très bien… Et c’est comme ça que tu me remercie ? En me racontant tes salades d’abris de guerre… C’est ça que tu nous souhaites, une guerre ?

La fille : - Je te raconte que je ne suis pas ta poupée, je ne suis pas comme maman…

Le père : - Malheureusement…

La fille : - Ce n’est pas parce que tu payes que tu as le droit de faire de moi ce que tu veux, je ne suis pas comme tes bonnes…

Le père : - Attention à ce que tu dis …

La fille : - Sinon quoi ? Tu vas me klaxonner dessus ? Tu vas monter dans ta grosse bagnole allemande me  foncer dessus et m’insulter ? Tu vas arrêter de me donner de l’argent  pour que j’arrête d’aller me saouler dans les bars branchés à la recherche du poivrot charmant, libanais, maronite, assez friqué pour faire de moi sa p...

La gifle part, assez forte pour l’humilier mais pas assez forte pour la décourager…

La fille : -…pouffe. 

Le père : - Il n’y a plus de guerre personne n’a besoin d’abri parce qu’il n y a plus de guerre c’est fini tu entends il n’y a plus de guerre !

La fille : - Et les voitures piégées et les enlèvements !!! Ecoute les infos… Ça va péter de nouveau c’est qu’une question de temps… et tu le sais toi parce que tu l’as faite la guerre tu sais bien que c’est pas fini que ça continue … mais toi, ton peuple, tous là, vous n’apprenez rien de rien ?

La deuxième gifle part plus forte que la première.

Je sors de ma cachette pour calmer mon mari… à quoi bon le contrarier, il est méditerranéen.

La mère : - Allez ma fille, va te préparer pour l’enterrement de la grand-mère du voisin de l’immeuble d’en face.

La fille :- Mais je ne les connais même pas ces gens…
  
Le père : - Tu veux discuter la tradition aussi ? Ça ne te suffit pas ?

La mère : - Mon chéri ta cravate est prête… je m’occupe de notre fille…

Le père : - Ton maquillage est trop brillant … mets ton chapeau avec la voilette et les gants que je t’ai rapporté de Paris. Avec le solitaire en saphir et les trois anneaux Cartier…

La mère : - Comme tu voudras.

Mon mari quitte le salon d’un pas lourd, la nuque contrariée.

La mère : - Ma chérie, ça ne sert à rien de lui tenir tête, ce n’est pas comme ça que ça marche.

Ma fille m'a regardée, a regardé l’empreinte laissée par le corps de son père sur le canapé en brocard et velours, a saisi un des coussins brodés par sa grand-mère, a frappé l’empreinte du canapé jusqu’à ce qu’elle disparaisse, s’est assise à son tour en s’enfonçant profondément pour y laisser une trace, s’est levée, m’a embrassée, a pris son sac et à quitté l’appartement.  
Le lendemain elle a quitté le pays.

Cela fait 5 ans aujourd’hui que mon mari n’a pas revu sa fille.                                                                       

Ma  fille a eu ce qu’elle voulait de son père : la guerre."

lundi 10 décembre 2012

Rési(g)ne de pins


Sur les hauteurs de la ville de Byblos, nichée dans la montagne, une famille de Libanais chrétiens nous accueille. Une superbe maison à l’architecture moderne entourée d’une forêt de pins, nous ouvre son portail… électrique.
La mère : - L’électricité a été installée très tard ici… vers 1960. Ça été quelque chose d’incroyable pour les habitants. Ma belle-mère m’a raconté qu’elle a connu un villageois qui a failli devenir fou : il a passé sa nuit à essayer d’éteindre les ampoules en soufflant dessus.

La fille : - Ma grand-mère m’a raconté aussi que la première fois que les villageois ont vu une voiture,  un DS Citroën,  ils ont été tellement impressionnés par « ses grands yeux » qu’ils croyaient que c’était une bête.  Ils lui ont tous apporté du foin pour qu’elle mange.  

Moi : - Votre grand-mère est la mémoire du village ?

La fille : - Elle a été très active toute sa vie pour sa région, son village, sa maison. J’ai retrouvé et je m’occupe de trier toute une correspondance qu’elle entretenait avec ses frères et sœurs partis s’installer au Brésil. Elle était restée ici car elle ne voulait pas quitter le Liban. Elle aimait profondément cette terre.

Le père : - Au sens propre. Ma mère était une femme qui aimait la nature. C’est elle qui a planté tous les pins de la forêt qui entoure notre maison. Elle a également fait des plantations dans tout  le village.

Moi : - Ce sont des pins maritimes… Comment votre mère les a eu ?

Le père : - Elle était amie avec le ministre de l’agriculture. Elle lui demandait de lui faire importer des plants d’arbustes. Et elle les a plantés elle-même.

Mère :- Sans respecter les trois mètres réglementaires entre chaque plant …

La fille : - C’était à cause du sol rocailleux : dans une des lettres adressées à son frère, elle écrit : « Le sol de ce vaste terrain est une désolation : un ventre rocailleux donne peu de chance à la nature d’engendrer une généreuse verdure. J’ai donc planté des pins très proches les uns des autres avec l’espoir fervent que quelques plants puissent s’enraciner, croitre et s’épanouir sur notre belle terre du Jbel. »

Mère : - Et 50 ans plus tard, c’était une vraie jungle de pins : tout avait poussé et mal, mais poussé. A croire que le Saint Esprit avait exaucé ses vœux. 

Moi : - Votre belle-mère était chrétienne ?

Père : - Nous sommes chrétiens maronites. Quand ma mère à planté ces arbres, plus de la moitié de la population libanaise était maronite. Aujourd’hui nous sommes un tiers pour deux tiers de musulmans, chiites et sunnites confondus.  

Moi : - Est-ce parce que les maronites ont beaucoup immigré à l’étranger, comme vos oncles, qu’il y en a moins aujourd’hui ?

La mère : - Nous voyageons beaucoup mais ce n’est pas pour ça que nous sommes moins nombreux. Une des raisons, c’est que les maronites ont moins d’enfants que les musulmans…  

La fille : - C’est obligé d’être d’une confession sur nos papiers, nos certificats de naissance mais pour moi c’est la cause de nos problèmes ici… mais j’ai trouvé une position provisoire pour ne pas péter les plombs…

Moi : - Laquelle ?

La fille : - C’est ma grand-mère qui m’a inspiré : à 19 ans elle écrit à ses frères et sœurs pour leur annoncer la mort prématurée de leur père. Dans un courrier, elle leur dit « (…) Je vous prie de faire preuve de résignation chrétienne pour accepter les desseins de Dieu. »    J’essaye de faire preuve, au quoitidien, de la même résignation chrétienne : pardonner les faiblesses des hommes qui me pourrissent la vie au nom d’un même Dieu.

Mère : - Vous devez mourir de faim les mezzés nous attendent la table est dressée à l’orée de la forêt de pins…

Le père : - … Avec une bonne bouteille de Kefraya.












A mon tour de faire  preuve d’une résignation diététique en priant tous les Saints de toutes les confessions  d’exaucer le miracle de ne pas prendre un kilo supplémentaire au cours de ce dîner.